Confrérie du Guillon

Massy Claude

Vigneron
Epesses
Chantre des vins

Lavaux a perdu le 7 octobre 2015 un acteur de son temps, un défenseur de sa terre, fier de ses racines. Alors que s’esquisse cette période de chasse qu’il appréciait tant, Claude Massy a brusquement quitté le sentier du chamois et pris congé des siens après une brève hospitalisation.

Nous peinons pourtant à l’imaginer ailleurs qu’en la vie, tant il a parcouru la sienne avec cœur et avec gaieté. En plus d’être un mari et un père chéri des siens, Claude Massy était ce qu’il est convenu d’appeler un joyeux compagnon, un représentant de cette catégorie d’êtres qu’il est réjouissant d’avoir à ses côtés, à table ou au carnotzet, tant leur bonne humeur est contagieuse.

Je ne crois pas me tromper en brossant de lui le portrait d’un seigneur de Lavaux, mais d’un seigneur accessible et débonnaire. Véritable âme de cette Place d’Epesses qu’il irradiait de sa présence enjouée, il a sans doute été l’un des ambassadeurs les plus connus de ce village où il a vu le jour sous les rayons d’un chaud soleil d’août 1927. Le terme d’ambassadeur lui sied d’autant mieux qu’il se sentait parfaitement à l’aise avec le suisse allemand et avec les Suisses allemands, lui qui avait fait sa maturité commerciale à Zoug, qui allait tantôt devenir officier supérieur et, plus tard, entreprendre une carrière politique de haut niveau.

Nous nous souvenons de Claude Massy comme d’un homme engagé. Engagé pour sa commune, engagé pour son canton, engagé pour son pays. Conseiller communal pendant 44 ans, député libéral de 1970 à 1979, membre de la commission cantonale pour la protection de la nature et des sites, non seulement il était un élu très apprécié, mais encore bénéficiait-il désormais de l’expérience lui permettant d’aller plus haut et plus loin. Ce fut chose faite en 1979, année au cours de laquelle il rejoignit les rangs du Conseil national, et cela pour trois législatures consécutives.

Ce parcours bernois, tout à fait remarquable pour un libéral vaudois issu de la terre de Lavaux, me parle évidemment avec une résonance toute particulière. Claude Massy l’a accompli avec une évidente sincérité et sans la moindre arrogance, se créant ainsi sous la Coupole un réseau fidèle d’amis et de connaissances auprès de qui il jouissait à juste titre d’une popularité incomparable. Claude Massy fut loin d’être un simple figurant sur la scène fédérale : il a occupé la présidence du bureau du Conseil national de 1987 à 1991, fut en parallèle membre de la commission des transports et un défenseur inlassable de l’agriculture, de la viticulture et de la chasse qu’il œuvra d’ailleurs à doter d’une nouvelle loi.

Du fait de ma filiation, il m’a bien évidemment été donné de le côtoyer dans des circonstances qui, du seul fait de sa personnalité, ne pouvaient être que privilégiées. J’en garde, assurément comme nous tous ici, un souvenir radieux. Il nous manquera, il manquera à toutes celles et à tous ceux qui vivent dans l’intimité de cette région, qui partagent – comme il le partageait lui-même aussi – l’amour de ce coin de pays. Mais les regrets de son départ seront plus nombreux et plus vifs encore si l’on pense au public qu’il a ravi en foule durant les décennies passées sous la robe de conseiller de la Confrérie du Guillon et de Gai Compagnon. Il y a avait chez Claude Massy, outre le sens musical du rossignol, un humour malicieux, un don exceptionnel pour l’imitation, celle des accents en particulier, et pour l’observation de ses semblables qui bénéficiaient, ou pâtissaient parfois, de son talent narratif incomparable. Ces qualités sont typiques des hommes qui aiment la vie et leur prochain.

C’est le plus lumineux souvenir qu’il puisse nous laisser de lui à l’heure douloureuse de la séparation. Nous prenons aujourd’hui congé d’un bon Vaudois, d’un grand Vaudois. Il restera à jamais dans nos cœurs.

Philippe Leuba, Conseiller d'Etat Vaudois

L’article a été ajouté à votre panier !

Votre panier »